La cravate à sept plis : comment « Silk and Air » est devenue le summum du luxe en matière de cravates
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La plupart des hommes possèdent des cravates. Très peu ont déjà tenu une cravate à sept plis. La différence est immédiate. Prenez-en une et vous la sentez avant même de la voir : plus lourde qu’on ne s’y attend, plus douce qu’on ne s’y attend, et étrangement vivante d’une manière qu’une cravate doublée n’a jamais. Pas de triplure, pas de renfort rigide, pas de rembourrage. Simplement de la soie, pliée sept fois à la main et maintenue par un seul point glissé. C’est tout.
J’ai commencé à m’intéresser à la confection des cravates à sept plis lorsque nous avons commencé à développer notre propre ligne de cravates. Plus j’en apprenais, plus je comprenais qu’il ne s’agissait pas seulement d’une technique de fabrication. C’est une philosophie de ce que doit être le toucher d’une cravate, et elle explique pourquoi certaines cravates coûtent dix fois plus cher que d’autres alors qu’elles semblent être faites de la même pièce de soie. Voici ce que j’ai découvert.
Qu’est-ce qu’une cravate à sept plis ?
Une cravate à sept plis est une cravate confectionnée en pliant sept fois une seule pièce de soie afin de former le corps et la structure de la cravate, sans utiliser de triplure en laine ou en coton. Dans une cravate standard à trois plis, une pièce de soie est pliée trois fois autour d’une triplure distincte qui lui donne son poids et sa forme. Dans une cravate à sept plis, la soie elle-même assure toute la structure. Les plis supplémentaires remplacent entièrement la triplure.
Le résultat, comme le décrit Turnbull & Asser, est « le summum du luxe en matière de cravates ». La cravate est plus épaisse et plus lourde qu’une cravate doublée, car elle contient environ deux fois plus de soie, mais elle tombe différemment : plus souplement, plus fluidement, avec un mouvement naturel qu’une cravate doublée ne peut reproduire.
Le directeur artistique d’Edward Sexton, Dominic Sebag-Montefiore, l’a résumé simplement lors d’un entretien avec The Rake : une cravate à sept plis, c’est « simplement de la soie et de l’air ».
D’où vient la cravate à sept plis ?
L’histoire de la cravate à sept plis est, étonnamment, controversée. Selon No Man Walks Alone, cette technique de confection était utilisée au début du XXe siècle, mais aurait disparu quelque temps après la guerre. Certains récits affirment que les religieuses qui les confectionnaient à l’origine ont cessé de produire pour les entreprises. D’autres avancent que la technique nécessitait trop de matière et de main-d’œuvre, et qu’elle a été abandonnée lorsque les fabricants ont trouvé le moyen de produire des cravates à trois plis moins coûteuses avec une triplure en laine.
La renaissance moderne de la cravate à sept plis est souvent attribuée à Robert Talbott, qui affirmait dans les années 1980 avoir « redécouvert » cette technique grâce à Lydia Grayson, une immigrée yougoslave qui confectionnait des cravates à sept plis depuis les années 1920. Il reste difficile de savoir si la technique avait véritablement disparu ou si elle s’était simplement repliée dans de petits ateliers à Naples et ailleurs.
Ce qui est certain, c’est que les grandes maisons napolitaines de cravates ont perpétué la tradition. The Rake note que des maisons comme Calabrese (fondée dans les années 1920) et Rubinacci sont célèbres pour leurs cravates sept plis. Besnard ajoute que la Grande Dépression et la Seconde Guerre mondiale (période durant laquelle la soie était réquisitionnée pour fabriquer des parachutes) ont relégué cette technique dans l’oubli, faisant de la sept plis un article rare et exclusif lorsqu’elle est finalement revenue sur le marché.
Comment fabrique-t-on une cravate sept plis ?
La construction est d’une simplicité trompeuse en théorie, mais extrêmement exigeante dans sa réalisation. Selon Besnard et Tie Deals, le processus se déroule ainsi :
- Coupe dans le biais : La soie est marquée à la craie de tailleur à précisément 45 degrés, puis coupée aux ciseaux. La coupe dans le biais permet au tissu de tomber et de bouger sans se vriller pendant qu’il est porté
- Sept plis : La pièce de soie unique est pliée sept fois : quatre plis sur un bord, trois sur l’autre. Ces plis donnent à la cravate son corps, sa structure et son poids, sans aucune doublure distincte
- Couture à la main : La couture arrière est réalisée à la main au point glissé. Les bords sont roulottés à la main, comme ceux d’un carré de poche de qualité. La cravate entière est ensuite délicatement repassée à la main pour lui donner sa forme
- Pointage dans la même matière : Les pointes du pan large et du pan étroit sont fabriquées dans la même soie que le tissu extérieur, et non dans un tissu de doublure distinct. Ainsi, la cravate entière est faite d’une seule matière d’un bout à l’autre
La technique traditionnelle n’utilise qu’un seul carré de soie. Les fabricants modernes cousent parfois deux ou trois pièces ensemble pour obtenir la longueur nécessaire, mais les puristes insistent sur l’utilisation d’une seule pièce. Dans les deux cas, l’absence d’entoilage rend visible la moindre imperfection dans le pliage ou la couture. Il n’y a nulle part où se cacher. C’est pourquoi, comme le souligne Viola Milano, la sept plis « exige du temps, de la patience et du savoir-faire pour être parfaitement maîtrisée ».
De la soie et de l’air, tout simplement. L’absence de doublure n’est pas un raccourci. C’est exactement l’inverse d’un raccourci.
Sept plis ou doublée : qu’est-ce qui change réellement ?
La différence entre une cravate sept plis et une cravate standard doublée ne réside pas seulement dans la construction. Elle change la sensation de la cravate, la manière dont elle se noue, son tombé et son vieillissement.
- Poids : Une cravate sept plis est plus lourde en main en raison de la quantité supplémentaire de soie, mais elle paraît plus légère sur la poitrine, car elle n’a pas d’entoilage rigide qui appuie contre la chemise
- Retombé : Sans doublure en laine pour maintenir sa forme, une cravate sept plis retombe plus naturellement. The Rake les décrit comme retombant « comme une écharpe sur la poitrine de celui qui la porte »
- Nœud : Le nœud est plus volumineux et légèrement asymétrique, avec des creux naturels et une forme douce et arrondie. C’est l’effet d’sprezzatura que prisent les tailleurs napolitains : une imperfection délibérée comme signe d’une qualité artisanale
- Respirabilité : L’absence d’entoilage laisse davantage d’air entre les plis. La cravate « respire » contre la chemise, ce qui explique pourquoi les cravates sept plis sont souvent décrites comme ayant une qualité vivante qui fait défaut aux cravates doublées
- Vieillissement : Les cravates sept plis développent une patine d’usage. La soie s’assouplit, les plis se détendent et la cravate devient plus personnelle avec le temps. Une cravate doublée conserve sa forme d’usine ; une cravate sept plis évolue
L’analogie : Une cravate sept plis est à une cravate doublée ce qu’une veste napolitaine déstructurée est à une veste anglaise rembourrée. Les deux sont de qualité. L’une est structurée par les matériaux. L’autre est structurée par le savoir-faire. La cravate sept plis fait confiance à la soie pour faire le travail.
Pourquoi les cravates sept plis sont-elles si chères ?
Trois raisons, toutes liées aux matériaux :
- Deux fois plus de soie : Une cravate sept plis nécessite environ deux fois plus de tissu qu’une cravate standard trois plis. Comme la soie utilisée est généralement une soie de mûrier haut de gamme, plus lourde et plus dense que la soie standard pour cravates, le coût des matériaux à lui seul est nettement plus élevé
- Main-d’œuvre spécialisée : Le pliage, la couture et le repassage doivent être réalisés entièrement à la main par des artisans qui maîtrisent cette technique. Selon Permanent Style, des marques comme Sette vendent leurs cravates sept plis en édition limitée entre 245 et 445 $ l’unité, ce qui reflète l’intensité du travail
- Aucune marge d’erreur : Sans entoilage pour compenser les imperfections, chaque pli et chaque point doivent être précis. Un sept-plis mal plié ne peut pas être dissimulé derrière une doublure. Le taux de rejet est plus élevé et le niveau de compétence requis est supérieur.
C’est pourquoi le sept-plis occupe une niche bien précise : ce n’est pas une meilleure cravate dans l’absolu. C’est un autre type de cravate, destiné à ceux qui apprécient la confection artisanale, le tombé naturel et les qualités subtiles nées de la « soie et de l’air », plutôt que de la soie et de la laine.
Quel type de nœud produit une cravate sept-plis ?
C’est au niveau du nœud qu’une cravate sept-plis révèle le plus clairement sa nature. En l’absence d’un entoilage rigide, le nœud est plus souple, plus arrondi et légèrement irrégulier. Il forme naturellement une fossette sans qu’il soit nécessaire de le presser, et conserve une forme dont l’imperfection semble intentionnelle.
Viola Milano décrit le résultat comme « un nœud légèrement asymétrique qui dégage une impression de sprezzatura et d’élégance subtile ». C’est l’opposé du nœud net et symétrique produit par une cravate fortement entoilée. Le nœud du sept-plis donne l’impression d’avoir été noué à la main — parce que c’est le cas — plutôt que conçu par une machine.
Pour un résultat optimal, faites un nœud simple. Il complète la souplesse et l’asymétrie de la cravate sept-plis. Évitez le nœud Windsor, qui s’oppose au tombé naturel et comprime inutilement la soie. The Rake conseille de ne jamais porter de pince à cravate avec un sept-plis. Laissez-le tomber naturellement.
Comment porter une cravate sept-plis ?
Associez-la à un vêtement déstructuré
Une cravate sept-plis partage sa philosophie avec les vestes napolitaines aux épaules souples et les blazers non doublés. Associée à une veste déstructurée, elle crée une silhouette où chaque élément respire et bouge. C’est l’environnement naturel du sept-plis.
Faites correspondre la largeur à celle du revers
Les cravates sept-plis mesurent généralement entre 8 et 9,5 cm de largeur. Assortissez la largeur de la cravate à celle de votre revers pour créer une harmonie visuelle. Une cravate large sur un revers étroit paraît disproportionnée vers le haut ; une cravate étroite sur un revers large semble insignifiante.
Oubliez la pince à cravate
Le sept-pli est conçu pour bouger. Le maintenir avec une pince à cravate va à l’encontre de son objectif. Laissez-le tomber, se déplacer et accompagner vos mouvements. La légère imperfection d’un sept-pli porté librement fait partie de son charme.
Choisissez des soies plus lourdes
Tous les tissus ne conviennent pas à la confection d’une sept plis. La soie doit avoir suffisamment de tenue pour conserver sa forme à travers sept plis sans triplure. Les jacquards lourds, les tissages grenadine et les soies sergées denses donnent les meilleurs résultats. Les soies imprimées légères ont tendance à s’affaisser. C’est pourquoi les sept plis sont presque toujours confectionnées dans des tissus tissés et teints avant tissage plutôt qu’imprimés.
Comment entretenir une cravate sept plis ?
- Défaites-la délicatement après chaque port. Repassez l’extrémité étroite dans le nœud en sens inverse plutôt que de tirer brusquement pour ouvrir la cravate. Forcer sur le nœud fatigue les fibres de soie et peut déformer définitivement les plis
- Suspendez-la ou roulez-la sans serrer. Posez-la sur un cintre pendant quelques heures pour laisser les plis du nœud se détendre, puis roulez-la sans serrer en partant de l’extrémité étroite pour la ranger. Rouler la cravate préserve mieux sa forme que la plier
- Ne repassez jamais directement. Utilisez un défroisseur vapeur à basse température, tenu à 10-15 cm de la surface, pour éliminer les plis. Si vous devez utiliser un fer à repasser, placez un linge en coton humide entre le fer et la soie
- Nettoyage à sec uniquement en cas de taches. Ne lavez jamais une cravate en soie à la maison. Confiez-la à un pressing professionnel habitué à traiter la soie. Consultez notre guide d’entretien pour plus de détails
- Faites tourner vos cravates. Laissez au moins deux jours entre deux ports d’une sept plis afin que la soie puisse retrouver sa forme. Les plis ont besoin de temps pour reprendre leur place
Une cravate sept plis en vaut-elle la peine ?
Cela dépend de ce qui compte pour vous.
Si vous voulez une cravate qui forme un nœud précis et symétrique, reste à plat contre votre chemise et paraît identique chaque fois que vous la portez, une cravate trois plis doublée bien fabriquée est le bon choix. Elle remplit sa fonction de manière fiable et efficace.
Si vous voulez une cravate vivante au toucher, qui forme naturellement une fossette, tombe comme une écharpe et acquiert du caractère au fil des années, la sept plis vaut chaque pli de soie supplémentaire. Ce n’est pas une cravate supérieure. C’est une autre conversation entre celui qui la porte et la matière. Vous la nouez, et elle réagit. Vous la portez, et elle bouge. Vous la possédez pendant cinq ans, et elle a changé depuis le jour où vous l’avez achetée.
La cravate sept plis est l’équivalent d’une chaussure faite à la main : plus chère, moins uniforme et discrètement meilleure d’une manière que seule la personne qui la porte apprécie pleinement. Le reste de la pièce ne voit qu’une cravate. Vous, vous sentez la différence.
Les cravates en soie de Lunepebbla sont tissées à partir de soie de mûrier pure sur des métiers Jacquard, avec des fils teints avant tissage pour créer des motifs d’une profondeur que l’impression ne peut égaler. Découvrez notre collection de cravates faites à la main aux motifs floraux, botaniques, ton sur ton et inspirés de l’art.
Vous pourriez également consulter nos guides sur l’entretien des cravates, les cadeaux pour homme et l’histoire du loafer.
Foire aux questions
Que signifie « sept plis » pour une cravate ?
Cela désigne la méthode de confection : une seule pièce de soie est pliée sept fois (quatre plis sur un bord, trois sur l’autre) pour former le corps de la cravate, sans triplure distincte en laine ou en coton. Les plis eux-mêmes lui confèrent sa structure.
Une cravate sept plis est-elle meilleure qu’une cravate entoilée ?
Elles ne sont pas objectivement meilleures, mais différentes. Une cravate sept plis tombe plus naturellement, forme un nœud plus souple et légèrement asymétrique, et paraît plus légère sur la poitrine malgré l’emploi d’une plus grande quantité de soie. Une cravate entoilée conserve une forme plus précise et uniforme. Le choix dépend de votre préférence pour une régularité structurée ou un caractère artisanal.
Pourquoi les cravates sept plis sont-elles si chères ?
Elles utilisent environ deux fois plus de soie qu’une cravate classique, nécessitent un pliage et une couture réalisés à la main par des spécialistes, et présentent un taux de rejet plus élevé, car aucune triplure ne permet de dissimuler les imperfections. Les marques haut de gamme vendent les cravates sept plis entre 200 et 450 dollars pièce.
Quel nœud utiliser avec une cravate sept plis ?
Le nœud simple convient le mieux. Il s’accorde avec la souplesse et la légère asymétrie propres à la cravate sept plis. Évitez le nœud Windsor complet, qui comprime la soie et contrarie son tombé naturel.
Peut-on porter une pince à cravate avec une cravate sept plis ?
Ce n’est pas recommandé. Une cravate sept plis est conçue pour bouger et tomber naturellement. La fixer avec une pince à cravate limite ce mouvement et va à l’encontre de sa confection fluide et sans triplure.
Comment ranger une cravate sept plis ?
Après l’avoir portée, suspendez-la pendant quelques heures pour laisser les plis du nœud se détendre, puis enroulez-la lâchement en partant de l’extrémité étroite. Ne la pliez pas à plat et ne la froissez pas. Rangez-la dans un tiroir à l’abri de la lumière directe du soleil. Laissez au moins deux jours entre deux ports pour que les plis reprennent leur forme. Consultez notre guide d’entretien pour tous les détails.
Quels tissus conviennent à la confection d’une cravate sept plis ?
Les soies jacquard épaisses, les armures grenadine et les soies en sergé dense sont les plus adaptées, car elles ont suffisamment de tenue pour conserver leur forme après sept plis. Les soies imprimées légères ont tendance à s’affaisser sans le soutien d’une triplure. C’est pourquoi les cravates sept plis sont presque toujours teintes dans la masse et tissées, plutôt qu’imprimées.